Benoît, charpentier, a restauré la couverture du four à pain


Dur dur les conditions de travail les matins de beaux temps …

Restauration de la couverture du four à pain

Benoît, notre nouvelle recrue, vient juste de réussir son CAP de charpentier. Il est embauché au colombier vert pour quelques mois avant de s’installer à Lyon. Un immense chantier s’ouvre devant lui avec beaucoup de surprises (le charme de l’ancien qui continue !).

Un bonjour du charpentier

Il s’attaque en premier à la charpente et à la couverture du four à pain. Toujours la même stratégie : se faire la main sur le plus petit avant d’attaquer le plus gros. Sauf que petit ne signifie pas simple ! Cette maisonnette nous aura donné bien du travail. Pour se souvenir l’état initial, voici une photo avant travaux et une photo aujourd’hui.

Un gros laurier avait pris ses aises et envahissait la toiture, hop coupé-arraché grâce à Bénédicte et sa petite pelle, la découverture avait été effectuée en mars, un week-end plein d’entrain, voir l’article du 12 avril 2010.

Avant travaux en janvier 2008,  on distingue à peine le four à pain tellement le laurier est envahissant

Fin septembre 2010, la toiture est presque finie

Une leçon à retenir : quand on démoli, c’est bien, c’est plaisant, ça défoule mais nous avons commis quelques erreurs liées à notre enthousiame : il vaut mieux bien noter les emplacements des pièces de charpente,  prendre des photos, dessiner des croquis avec des cotes … Bref, refréner un peu son enthousiasme et s’arrêter pour noter « comment c’est donc fait tout ce truc là ? » Faute de quoi, 6 mois après, on se pose des questions existentielles sur : à quoi ressemblait la sablière, quelles étaient les sections des pannes, comment et où reposaient-elles sur les murs, et les tuiles elles tiennent comment au dessus-de la porte ? Voilà, ce conseil au passage à ceux qui aiment comme nous se défouler lors des démolitions 😉

La nuit portant conseil, Benoît se réveillait souvent le matin avec la solution… ou une nouvelle question ! Il a beaucoup réfléchi sur ce chantier, la charpente et la couverture étant deux métiers complémentaires mais très différents, il a appris des détails importants grâce à un couvreur de passage chez nous qui lui a expliqué les 4-5 truc essentiels, merci à lui.

Détails du chantier :

  • Les arases des murs ont été entièrement remontées, avec des réservations pour les pannes

Reprises de maçonnerie sur le mur Sud du four à pain

Sport du colombier : remontage des arases du four à pain

Oups, la pente était comment ?

Les arases sont entièrement remontées

  • Les pannes étant irrécupérables, nous avons acheté 3 pannes en Douglas (en 20×20 cm et 16×8 cm )

    les pannes en douglas

  • Les chevrons et liteaux sont en sapin traité 🙁

Nous nous sommes amusés à tout chiffrer : 14 chevrons de 3 mètres cloués par 42 pointes de 140 mm soit 336 coups de marteau, 36 liteaux de 3 mètres, cloués par 490 pointes de 70 mm soit 1470 coups de marteau. Le marteau pesant 700 gr, les coups de marteau représentent un poids de 1,29 tonne !

Explications sur le travail à faire

Découpe des chevrons

Les chevrons sont posés

pose des liteaux

  • Un très beau linteau en frêne mouluré (par Michel, notre ami menuisier) a été posé au-dessus de la porte. Remarquez aussi les tuiles de doublis posées en biais : un détail de finition proposé par Benoît.

Détail joli : la ligne de tuile de biais

  • Puis Benoît a pu remonter la toiture, tuile après tuile, aidée par Francine, qui les nettoyait et les lui passait. Un bon tiers a dû être changé. Petit rappel : chaque tuile pèse environ 1,2 kg, il en faut 70 au m2, la surface de couverture est de 12,32 m2, ce qui représente 863 tuiles, plus les 90 de doublis soit 953 tuiles ou encore 1,143 tonne de tuiles ! Avec la pose et la dépose il est passé 2,286 tonnes entre les mains de Benoît !
pose des tuiles et du solin en pignon un jour de mauvais temps

pose des tuiles en doublis
A la pause de 10h : Benoit, le charpentier, Francine, Thonny et Denis
Francine aide Benoit à remonter les tuiles

Francine, une généreuse donatrice du colombier qui est aussi une bénévole pleine d’énergie : elle nettoie les tuiles pour la toiture du four a pain

Et une vidéo d’un moment tranquille :

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Le matin, Benoit s’assure du bon placement des tuiles de rive
  • Les ruellées ont été montées de manière traditionnelle en chaux (dosage 1 vol. pour 3 = hydraulique NHL 3,5 avec 1/4 ciment blanc avec 3 sables différents comme l’enduit) : Benoît a dû retrouver seul les techniques anciennes, ce qui lui a demandé un gros travail d’essais et de démontage. Chaque ruellée a été refaite deux fois ;-( : ça c’est l’amour du travail bien fait… Mais remarquez le bel arrondi en bout de ruellée. Vu le travail que cela demande, nous comprenons pourquoi les couvreurs préfèrent proposer à leurs clients des « rives à l’anglaise » (ciment bourré entre les tuiles de rive) plutôt que des ruellées traditionnelles.

La technique de mise en oeuvre « réinventée » :

  1. Une première couche de mortier est venue recouvrir le chevron et le haut de la rive, pour éviter une charge trop importante d’un seul coup. Le lendemain, on continue la ruellée.
  2. Les premiers essais (ratés !) ont consisté à coffrer toute la rive et à remplir le tout avec le mortier, en arrondissant le haute de la ruellée avec un gabarit courbe. Au décoffrage le lendemain, patatras, des arrachements du mortier se sont produits, des trous dans le remplissage ont été découvert …bref la cata ! Benoit et Thonny ont dû casser les deux ruellées, 2 jours de travail mis par terre…
  3. Le deuxième essai a réussi, Benoit s’est servi de sa taloche pour « coffrer » au fur et à mesure du remplissage, il se sert d’une truelle de couvreur ou de Reims, en lissant à la main le haut de la ruellée pour créer un jolie courbe modelée à sa paume de main. Là, réussite ! La touche finale est cette jolie « croissette » à l’extrémité. Une journée pour la première ruellée et 4 heures pour la seconde : la technique progresse !

les chevrons de rive et la panne vont recevoir l’enduit de la ruellée, on facilite l’accroche grâce à des clous et du grillage. Mais je crois que c’est une erreur car la chaux ronge le métal 🙁 Qui a des infos ?

prise de cotes


l’extremité aura la forme de la main du charpentier

Ruellée à l’ancienne en rive du four a pain

Ruellée à l’ancienne finie (l’enduit futur du mur viendra s’aligner dessous, dans le même plan sans débord)

  • Voilà à quoi ressemble le four à pain une fois restauré. Cela aura demandé 1 mois de travail en charpente-couverture et on ne compte pas la maçonnerie … La gouttière en cuivre sera prochainement posée.

octobre 18, 2010

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  • « les chevrons de rive et la panne vont recevoir l’enduit de la ruellée, on facilite l’accroche grâce à des clous et du grillage. Mais je crois que c’est une erreur car la chaux ronge le métal 🙁 Qui a des infos ? »

    Bonjour,
    l’inox (et à priori le laiton) ne devrait pas poser de soucis. Sur les pièces de bois comme ici, des entailles à la hachette auraient suffi, je pense. On utilise aussi de la treille plastique (bon, ok, c ‘est du plastique…) et puis il faut la fixer avec clous ou agraffe, et du coup on en revient au même problème.
    Je découvre avec intérêt la technique de la ruellée à l’ancienne. Merci!
    Bon courage
    Chriselle

    • Merci de ces précisions. Dire que nous avions vu ces coups de hachette sur une poutre du grenier débarrassée de son plâtre : la solution était sous nos yeux effectivement !

    • Non non c’est le charpentier qui compte ! Je pense que c’est comme les moutons, ça l’aide à s’endormir le soir : et 1 coup de marteau, et 2 coups de marteau, et 3 coups de marteau …